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Quel est le montant de la retraite de Ségolène Royal ?

Par Pierre · · 8 min de lecture

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Conseillère de François Mitterrand, députée, ministre sous plusieurs gouvernements, présidente de région : la carrière de Ségolène Royal traverse plusieurs régimes, et chacun verse sa part. Le montant de la retraite de Ségolène Royal circule pourtant sous forme de chiffres sans origine, souvent tirés de moyennes sur les pensions d’élus. Aucun texte officiel ne le donne. Savoir ce qu’un règlement établit réellement, et ce qu’il laisse dans l’ombre, évite de prendre une estimation pour un fait.

En bref.

  • Le montant de la retraite de Ségolène Royal n’est donné par aucun document officiel : le règlement de la Caisse de pensions de l’Assemblée nationale fixe des règles de calcul, jamais des pensions nominatives.
  • La pension moyenne des 1 227 anciens députés était de 3 297 euros brut par mois selon Public Sénat (article du 2 août 2017), une moyenne qui ne dit rien d’un cas individuel.
  • Le régime spécial des députés a pris fin le 1er janvier 2018 pour les nouveaux droits ; les conditions de retraite sont alignées sur celles de la fonction publique.
  • Pour un ancien député né à partir de 1969, la pension s’ouvre à 64 ans révolus, sur demande, et ne peut dépasser l’indemnité d’un député en activité.

Le montant de la retraite de Ségolène Royal est-il connu ?

Non. Le montant de la retraite de Ségolène Royal n’est pas un chiffre public : c’est le total de droits calculés séparément par chaque régime auquel ses fonctions successives l’ont rattachée, et aucun document officiel ne mentionne la pension qu’elle perçoit ou percevra. Le règlement de la Caisse de pensions des députés et des anciens députés, publié par l’Assemblée nationale, décrit des règles : conditions d’âge, calcul, plafonds, réversion. Il ne contient aucun montant nominatif.

L’article 1er du règlement précise que les pensions payées par la Caisse sont incessibles et insaisissables, sauf pour le paiement d’une pension alimentaire. Et l’article 39 rappelle qu’aucune pension n’est inscrite tant que l’ayant droit n’en a pas manifesté le désir : il faut en faire la demande par écrit aux Questeurs. Les chiffres individuels qui circulent sur Ségolène Royal ne s’appuient donc sur aucune publication officielle.

Quelles fonctions de Ségolène Royal peuvent donner droit à une pension ?

Plusieurs fonctions publiques, successives, jalonnent son parcours, et chacune relève de règles de retraite propres. Ségolène Royal a été conseillère de François Mitterrand dans les années 1980, députée des Deux-Sèvres, ministre dans les gouvernements de Pierre Bérégovoy et de Lionel Jospin, présidente du conseil régional de Poitou-Charentes de 2004 à 2014, puis ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer de 2014 à 2017. Elle a été battue aux élections législatives de 2012 en Charente-Maritime. Depuis le 1er septembre 2017, elle a aussi exercé la fonction d’ambassadrice chargée des négociations internationales sur les pôles arctique et antarctique.

Un seul de ces mandats concerne la Caisse de pensions de l’Assemblée nationale : celui de député. L’article 1er du règlement indique que la Caisse a pour objet de verser des pensions aux anciens députés et à leurs ayants cause. Les périodes passées au gouvernement, à la région ou dans un cabinet relèvent d’autres régimes, que ce règlement ne régit pas. Additionner « la retraite d’une ancienne ministre » et « celle d’une ancienne députée » revient donc à mélanger des droits calculés par des organismes différents.

Comment la pension d’un ancien député est-elle calculée ?

Le règlement de la Caisse définit la pension comme un pourcentage, par annuité, des sommes soumises à retenue, c’est-à-dire de l’indemnité parlementaire augmentée de l’indemnité de résidence et de l’indemnité de fonction (articles 5 et 21). Les annuités correspondent aux périodes de cotisation, chaque fraction de trimestre comptant pour trois mois.

RègleCe que prévoit le règlement
Âge d’ouverture du droit (article 8)64 ans révolus pour un ancien député né à partir du 1er janvier 1969 ; pour les générations précédentes, âge fixé par arrêté des Questeurs, en hausse de trois mois par génération
Handicap (article 8)âge abaissé par rapport à un âge de référence de 60 ans, dans les conditions fixées par arrêté des Questeurs
Base de calcul (articles 5 et 21)pourcentage par annuité des sommes soumises à retenue sur l’indemnité parlementaire, l’indemnité de résidence et l’indemnité de fonction
Nombre d’annuités (article 21)un maximum qui augmente progressivement, de 40 annuités à 43 selon la période de référence, avec une valeur de l’annuité qui diminue en parallèle
Plafond (article 37)la pension ne peut dépasser l’indemnité d’un député en activité, ni les sommes soumises à retenue pour pension
Suspension (article 50)la pension est suspendue pendant un nouveau mandat à l’Assemblée ou au Parlement européen, ou pendant une fonction de membre du Gouvernement

La valeur de l’annuité et le nombre maximal d’annuités retenus sont ceux en vigueur au 64e anniversaire de l’ancien député (article 21 ter). Enfin, les pensions sont liquidées selon les règles en vigueur à la date de départ de la jouissance (article 48 bis) : deux anciens députés de la même législature peuvent ainsi percevoir des montants différents.

Que représente la pension moyenne d’un ancien député, et qu’a changé 2018 ?

Le chiffre moyen le plus souvent cité remonte à 2017 : d’après Public Sénat (article du 2 août 2017), 1 227 anciens députés touchaient alors une pension, d’un montant brut moyen de 3 297 euros par mois. Cette moyenne mêle des carrières très courtes et des carrières de plusieurs décennies ; elle ne permet pas d’estimer la pension d’une personne précise.

Le cadre a ensuite changé. Selon Public Sénat (article du 8 novembre 2017), le Bureau de l’Assemblée nationale a acté la fin du régime spécial de retraite des députés à compter du 1er janvier 2018, avec une économie attendue d’environ 10 millions d’euros par an « à terme ». Les conditions de retraite sont alors celles de la fonction publique, et dès 2017 l’allocation de fin de mandat est alignée sur l’ARE (57 % du salaire journalier, pendant 24 à 36 mois). La réforme ne s’applique pas rétroactivement : les droits constitués avant 2018 ne sont pas effacés.

Les mandats de député de Ségolène Royal sont antérieurs à 2018 : les droits acquis à ce titre relèvent donc d’une période où l’ancien régime s’appliquait, la réforme n’étant pas rétroactive. Pour autant, le règlement en vigueur ne permet pas d’en déduire un montant, faute de données personnelles.

Que disait la polémique de décembre 2019 sur ses retraites ?

En décembre 2019, lorsque Emmanuel Macron a renoncé à sa pension d’ancien président, Ségolène Royal a commenté la décision sur Twitter en demandant s’il retournerait dans « le monde du business mondialisé » et ses retraites de dirigeants. Alexandre Benalla a répliqué en interrogeant ses propres revenus : selon La Libre Belgique (article du 23 décembre 2019), il a suggéré qu’elle touchait de l’argent public depuis plus de quarante ans et demandé si elle cumulerait « ses retraites de parlementaires, ministres ».

Cet échange est une attaque politique : il ne contient aucun montant et ne repose sur aucun document. Ségolène Royal n’y parle pas de sa propre retraite.

Où trouver une information officielle sur les revenus d’une personnalité publique ?

La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) publie les déclarations d’intérêts et d’activités, les déclarations de patrimoine et leurs modifications des responsables publics soumis à cette obligation, consultables depuis la rubrique « Consulter les déclarations » de son site. C’est la voie à suivre pour vérifier une information sur le patrimoine ou les activités d’un responsable public, au lieu de s’en remettre à un chiffre sans auteur.

Pour les règles de calcul, le règlement de la Caisse de pensions de l’Assemblée nationale est public et se lit article par article. Face à un montant annoncé, deux questions suffisent : quel document le contient, et à quelle date a-t-il été publié ? Sans réponse, il s’agit d’une estimation, pas d’un fait.

Questions fréquentes

Qui verse la pension d’un ancien député et comment est-elle financée ?

La Caisse de pensions des députés, instituée par la résolution du 23 décembre 1904, verse les pensions sous l’autorité des Questeurs et le contrôle de la Commission des comptes. Ses ressources viennent des retenues mensuelles sur les indemnités des députés, des revenus de son portefeuille et d’une subvention inscrite à la dotation de l’Assemblée, égale au double des retenues (article 2 du règlement).

Une pension d’ancien député peut-elle se cumuler avec un autre revenu ?

Oui : l’article 49 du règlement prévoit que les pensions des anciens députés se cumulent avec tout revenu, sous réserve des dispositions applicables à ces revenus et des incompatibilités du chapitre VIII. Elle est suspendue pendant un nouveau mandat à l’Assemblée, un mandat au Parlement européen ou une fonction de membre du Gouvernement.

Dans quel délai faut-il demander sa pension ?

Dans les six mois suivant la naissance du droit, par écrit adressé aux Questeurs. Passé ce délai, la jouissance de la pension ne commence qu’au premier jour du mois de réception de la demande (article 39) : une demande tardive fait donc perdre les mois écoulés. Le calendrier de versement des pensions du régime général se trouve dans l’article sur les dates de paiement de la retraite.

La pension d’un ancien député est-elle saisissable ?

Non, sauf pour le paiement d’une pension alimentaire. L’article 1er du règlement précise que les pensions payées par la Caisse sont incessibles et insaisissables.

Le conjoint d’un ancien député touche-t-il une pension de réversion ?

Oui, à hauteur de 50 % de l’avantage servi à l’ancien député (article 22), à condition que le mariage ait été contracté au moins un an avant le départ de la pension ou, à défaut, au moins quatre ans avant le décès. La condition de durée ne joue pas si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage (article 14).

Les députées bénéficient-elles de trimestres pour leurs enfants ?

Oui : les femmes députées ayant droit à pension bénéficient d’une bonification de deux trimestres pour chacun de leurs enfants nés ou adoptés au cours de leur mandat (article 21).

Sources

  1. Assemblée nationale, « Règlement de la Caisse de pensions des députés et des anciens députés », https://www2.assemblee-nationale.fr/static/CRD-janvier-2018.pdf, consulté le 16 octobre 2026.
  2. Public Sénat, « Retraite et allocation chômage des députés : la feuille de route », 2 août 2017, https://www.publicsenat.fr/actualites/non-classe/retraite-et-allocation-chomage-des-deputes-la-feuille-de-route-76535, consulté le 16 octobre 2026.
  3. Public Sénat, « Retraite des députés : nouveau régime gravé dans le marbre », 8 novembre 2017, https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/retraite-des-deputes-nouveau-regime-grave-dans-le-marbre-79560, consulté le 16 octobre 2026.
  4. franceinfo, « Ségolène Royal », https://www.franceinfo.fr/politique/segolene-royal/, consulté le 16 octobre 2026.
  5. La Libre Belgique, « Ségolène Royal tacle Macron sur sa décision d’abandonner sa retraite », 23 décembre 2019, https://www.lalibre.be/international/europe/critique-de-toutes-parts-macron-recoit-le-soutien-de-benalla-5e0071a6f20d5a0c4620bf74, consultée le 16 octobre 2026.
  6. Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, « Consulter les déclarations », https://www.hatvp.fr/consulter-les-declarations/, consultée le 16 octobre 2026.

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