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SMS pour réclamer son argent : que mettre dans le message et que vaut-il comme preuve ?

Par Pierre · · 8 min de lecture

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Un proche tarde à rembourser. L’appeler met mal à l’aise, une lettre recommandée paraît disproportionnée : le SMS semble le bon compromis. Un SMS pour réclamer son argent n’est pourtant pas un simple geste de politesse : il garde une trace datée de ce qui a été demandé, et cette trace peut resservir. Encore faut-il que le message soit précis, que vous le conserviez correctement et que vous sachiez à quel moment passer à une démarche plus formelle.

En bref.

  • Un bon SMS de relance tient en quatre éléments : l’origine de la somme, le montant exact, une date limite précise et le moyen de paiement souhaité ; aucune formule légale n’est exigée.
  • La Cour de cassation admet le SMS comme moyen de preuve depuis un arrêt de la chambre criminelle du 7 février 2007, mais sa fiabilité reste contestable : il faut conserver le téléphone et le message d’origine.
  • Un SMS ne remplace pas une mise en demeure : celle-ci passe par une lettre recommandée avec accusé de réception ou une sommation d’un commissaire de justice, rédigée en termes clairs et formels.
  • La dette se prescrit en principe par 5 ans selon l’article 2224 du Code civil, à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits.
  • Sans réponse, la voie suivante est l’injonction de payer, requête écrite généralement gratuite, adressée au tribunal judiciaire du domicile du débiteur.

Que mettre dans un SMS pour réclamer son argent ?

Un SMS pour réclamer son argent est un message de relance écrit, adressé au débiteur avant toute procédure : il rappelle une somme due et date la demande. Pour être efficace, il nomme la dette, chiffre la somme, fixe une date et indique comment payer. Le destinataire ne doit avoir aucune question à poser pour réagir : si le message est vague (« tu penses à moi ? »), la réponse le sera aussi, et le message prouvera peu de chose. Quatre éléments suffisent :

  • l’origine de la somme : prêt du [date], facture n° [numéro], avance sur frais, cotisation partagée ;
  • le montant exact, en chiffres, avec les éventuels versements déjà reçus ;
  • une date limite précise, plutôt qu’un « bientôt » ;
  • le moyen de paiement attendu (virement sur le RIB déjà connu, par exemple).

Voici trois modèles à adapter, du plus amical au plus ferme. Remplacez les crochets par vos informations réelles :

  • Première relance : « Bonjour [prénom], je me permets de te rappeler les [montant] € que je t’ai prêtés le [date]. Peux-tu me les virer avant le [date limite] ? Merci. »
  • Deuxième relance : « Bonjour [prénom], sans nouvelle de ta part au sujet des [montant] € dus depuis le [date]. Merci de les régler avant le [date limite], par virement. »
  • Dernier message avant le courrier : « Bonjour [prénom], les [montant] € dus depuis le [date] ne m’ont pas été réglés malgré mes messages des [dates]. Sans paiement avant le [date limite], je poursuivrai la démarche par lettre recommandée. »

Quelles erreurs rendent un SMS pour réclamer son argent inefficace ?

Les erreurs les plus courantes tiennent au contenu. Un message sans montant, sans date de la dette ou sans date limite ne permet ni de prouver la somme ni de fixer le moment où l’on peut passer à l’étape suivante. Un message qui mêle plusieurs sujets (la dette, un reproche, un vieux différend) brouille ce que l’on réclame réellement.

Autre piège : le moyen d’envoi. Un message envoyé depuis un numéro que le débiteur ne reconnaît pas, ou depuis une application différente à chaque relance, est plus facile à contester. La fiabilité d’un SMS peut être mise en cause sur son auteur (un téléphone utilisé par un tiers, un service qui affiche un numéro au choix) et sur sa date, puisque des envois peuvent être programmés. Mieux vaut donc écrire toujours depuis le même numéro, avec des formulations qui reprennent les mêmes références.

Le registre compte aussi : un message factuel, poli et daté est le plus utile le jour où il faut le montrer à un tiers, alors qu’un message accusateur ou implorant ne documente rien de la dette.

Un SMS pour réclamer son argent a-t-il une valeur de preuve ?

Oui, un SMS peut être produit en justice, mais il ne prouve pas tout. Un arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 7 février 2007 (n° 06-84.285) a admis le SMS comme moyen de preuve, et un arrêt de la chambre sociale du 23 mai 2007 (n° 06-43.209) a jugé que le destinataire peut utiliser les SMS qu’il a reçus. La fiabilité du procédé reste toutefois jugée fragile : l’auteur peut être contesté, la date aussi.

Il faut donc se constituer un dossier. Conservez le téléphone et les messages d’origine, sans supprimer la conversation. Faites des captures d’écran où apparaissent le numéro, la date et l’heure. Gardez avec eux les éléments qui confirment la dette : virement initial, facture, devis, courriel. Un SMS isolé prouve peu, mais il prend de la force quand il s’ajoute à d’autres pièces.

Pour une dette importante, le constat par un commissaire de justice sur le téléphone existe, mais il n’obéit à aucune procédure homologuée et la jurisprudence varie : il est recommandé d’y associer un technicien. Un commissaire de justice peut effectuer des constatations matérielles à la demande d’un particulier, et ses missions sont payantes. Les juges peuvent aussi désigner un expert informatique, capable d’extraire des SMS, y compris supprimés.

Un SMS peut-il tenir lieu de mise en demeure ?

Non : la mise en demeure se fait par un écrit formel dont la date est certaine. Elle peut prendre la forme d’une sommation (acte d’un commissaire de justice), d’une lettre recommandée avec accusé de réception ou d’une clause du contrat prévoyant que l’exigibilité vaut mise en demeure. Un écrit ne vaut mise en demeure que s’il est rédigé « dans des termes suffisamment clairs et formels » : un SMS familier atteint rarement ce niveau.

Le SMS rappelle, la lettre recommandée fixe la date de la réclamation.

Une mise en demeure n’est pas obligatoire pour saisir le juge d’une injonction de payer. Elle figure en revanche parmi les pièces utiles, avec le contrat, la facture ou toute preuve de la dette. Pour une prestation facturée, pensez aussi à la facture acquittée, qui atteste du paiement une fois la somme reçue.

Combien de temps a-t-on pour réclamer une dette ?

Le délai de droit commun est de cinq ans. Selon l’article 2224 du Code civil, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans, à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’agir. Pour une dette échue au 1er mars 2024, l’action reste donc ouverte jusqu’en mars 2029, sauf interruption ou suspension.

Deux mécanismes modifient ce calcul. Un acte interruptif, comme un acte de poursuite, fait repartir un nouveau délai de même durée. Une suspension arrête temporairement le cours du délai sans effacer le temps déjà écoulé : le recours à la médiation ou à la conciliation suspend la prescription, qui reprend pour au moins six mois après la fin de la médiation. Une simple relance par SMS ne figure pas parmi ces actes, il ne faut donc pas compter sur elle pour gagner du temps.

Le point de départ est « flottant » : il dépend de la date réelle d’exigibilité. Sur un prêt sans échéance fixée, la date à retenir se discute, ce qui justifie de dater la demande de remboursement dès la première relance.

Que faire si le SMS reste sans réponse ?

Chaque étape a sa forme et son effet :

ÉtapeFormeCe qu’elle apporte
RelanceSMS, message datéTrace de la demande, à compléter par d’autres pièces
Mise en demeureLettre recommandée avec accusé de réception ou sommationDate de réclamation établie, termes clairs et formels
Injonction de payerRequête écrite, Cerfa n° 12948Ordonnance à signifier sous 3 mois (ordonnance rendue depuis le 1er septembre 2026), opposition possible sous 1 mois

La voie classique après la relance est l’injonction de payer. Pour l’utiliser, la créance doit être certaine, d’un montant déterminé, échue et non prescrite : la dette ne doit pas pouvoir être raisonnablement contestée. La demande se fait par requête écrite au président du tribunal judiciaire du domicile du débiteur, sur le formulaire Cerfa n° 12948 accompagné des pièces qui prouvent la créance, son montant et l’absence de paiement.

Dans le cas général, la requête est gratuite. Les honoraires d’avocat ou de commissaire de justice restent à la charge du créancier, sauf aide juridictionnelle. Si le juge rend l’ordonnance, elle doit être signifiée au débiteur par un commissaire de justice : dans un délai de 3 mois pour une ordonnance rendue à compter du 1er septembre 2026, de 6 mois avant cette date. Passé ce délai, l’ordonnance est non avenue.

Le commissaire de justice peut aussi procéder au recouvrement, y compris par la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances.

Questions fréquentes

Quel tribunal saisir pour une injonction de payer ?

Le président du tribunal judiciaire du domicile ou du siège du débiteur, en règle générale. Les loyers impayés et le crédit à la consommation relèvent du juge des contentieux de la protection. La demande est faite par requête écrite.

Le débiteur peut-il contester l’injonction de payer ?

Oui : il dispose d’un mois après la signification de l’ordonnance pour faire opposition. Devant le tribunal judiciaire, l’avocat est obligatoire au-delà de 10 000 €.

Un SMS supprimé par l’autre personne est-il perdu ?

Pas nécessairement. Les juges désignent de plus en plus souvent des experts informatiques capables d’extraire des SMS, y compris supprimés. Conservez donc votre propre téléphone, qui détient l’exemplaire que vous avez envoyé.

Faut-il faire constater ses SMS par un commissaire de justice ?

Pas systématiquement. Le constat sur téléphone existe, mais aucune procédure homologuée ne l’encadre et la jurisprudence varie ; il est payant. Pour une petite somme, des captures d’écran datées et le message d’origine conservé documentent déjà l’échange.

La médiation arrête-t-elle le délai de cinq ans ?

Elle le suspend, sans l’effacer : le délai déjà écoulé est conservé, et il reprend pour au moins six mois après la fin de la médiation ou de la conciliation.

Sources

  1. Service-Public.fr, « Recouvrement de dettes en France : injonction de payer et procédure simplifiée », https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1746, consultée le 16 octobre 2026.
  2. Service-Public.fr, « Demande en injonction de payer devant le président du tribunal judiciaire (formulaire 12948) », https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/R1465, consultée le 16 octobre 2026.
  3. Service-Public.fr, « Commissaire de justice », https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2158, consultée le 16 octobre 2026.
  4. Service-Public Entreprendre, « Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer », https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F38586, consultée le 16 octobre 2026.
  5. Service-Public Entreprendre, « Recouvrement judiciaire : injonction de payer », https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F38156, consultée le 16 octobre 2026.
  6. DGCCRF, « Délais de prescription », https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/Publications/Vie-pratique/Fiches-pratiques/Delais-de-prescription, consultée le 16 octobre 2026.
  7. Le Monde du Droit, « Vos SMS vous mettent-ils en danger ? », 11 novembre 2013, https://www.lemondedudroit.fr/decryptages/7552-vos-sms-vous-mettent-ils-en-danger.html, consultée le 16 octobre 2026.

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