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Une facture acquittée vaut-elle preuve de paiement ?

Par Pierre · · 8 min de lecture

Femme assise comparant une facture papier et un reçu de paiement

Vous avez payé, le vendeur a écrit « acquittée » en bas de la facture, et le dossier semble clos. Pourtant, le jour où le paiement est contesté, ce document ne suffit pas toujours : il émane de celui qui a reçu l’argent, et son poids varie selon la date du règlement, le moyen de paiement et les pièces qui l’accompagnent. Mieux vaut savoir avant le litige ce que vaut une facture acquittée.

En bref.

  • Oui : la mention « acquittée » fait de la facture un élément de preuve du paiement, mais pas une preuve irréfutable : le Code civil prévoit que le paiement se prouve par tout moyen (article 1342-8), et celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement (article 1353).
  • La mention « acquittée » n’est pas obligatoire : elle ne figure pas dans la liste des mentions obligatoires d’une facture publiée par Service-Public Entreprendre, vérifiée le 11 août 2026.
  • Le plus sûr est de l’associer à une trace extérieure au vendeur, comme un relevé bancaire, qui prouve que l’argent a bien changé de mains.
  • Entre professionnels, le code de commerce (article L. 441-9) précise que le règlement est réputé réalisé à la date où les fonds sont mis à la disposition du bénéficiaire : une facture marquée « acquittée » avant l’encaissement d’un chèque reste fragile.

Que prouve exactement la mention « acquittée » ?

Cette mention prouve que le vendeur reconnaît par écrit avoir été payé, et c’est un argument sérieux en cas de litige. La règle de preuve est libre : selon l’article 1342-8 du Code civil, « le paiement se prouve par tout moyen ». Aucun document n’est donc exigé par la loi pour établir qu’une somme a été réglée, et aucun n’est automatiquement décisif. Le juge apprécie l’ensemble des éléments, parmi lesquels la facture portant la mention « acquittée » tient une bonne place parce qu’elle vient du créancier lui-même.

La charge de la preuve pèse sur celui qui a payé. L’article 1353 du Code civil prévoit que celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver, et que, réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. Un client poursuivi pour une dette qu’il dit avoir réglée doit donc produire quelque chose : la mention « acquittée » est l’une des pièces possibles.

Sa limite tient à son origine. Le document est rédigé par le vendeur, partie intéressée à l’opération, alors qu’un relevé de compte est établi par la banque, un tiers aux deux parties. Quand les deux concordent, la contestation devient difficile ; quand la facture est seule, elle repose sur la bonne foi de celui qui l’a émise.

La mention « acquittée » est-elle obligatoire sur une facture ?

Non. La liste des mentions obligatoires ne comprend pas cette mention. La loi impose en revanche, pour toute facture :

  • la date d’émission et un numéro unique, dans une séquence chronologique continue ;
  • la date de la vente ou de la prestation ;
  • l’identité du vendeur (pour une société : dénomination sociale, SIREN, adresse du siège, forme juridique et montant du capital) ;
  • l’identité de l’acheteur ;
  • la désignation précise des produits ou prestations, avec la quantité, le prix unitaire hors taxe et le taux de TVA ;
  • les totaux hors taxes et toutes taxes comprises ;
  • la date de règlement, les conditions d’escompte (ou « Escompte pour paiement anticipé : néant ») et le taux des pénalités de retard.

Le numéro de TVA du vendeur n’est pas exigé pour les factures dont le montant total hors taxe est inférieur ou égal à 150 €. Pour le détail de l’identité d’un vendeur sous forme de société, l’article sur la raison sociale d’une entreprise précise ce que recouvre la dénomination.

Pour un client particulier, la facture mentionne le nom complet et l’adresse, sauf opposition du particulier, et, pour certaines catégories de biens (électroménager, informatique, jouets, articles de sport), l’existence et la durée de la garantie légale de conformité, d’au moins 2 ans. De nouvelles mentions s’ajoutent avec la facturation électronique, à compter du 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, puis du 1er septembre 2027 pour les PME et les micro-entreprises : le SIREN du client s’il s’agit d’une entreprise, l’adresse de livraison si elle diffère, et la nature des opérations.

Facture acquittée, relevé bancaire ou reçu : quelle pièce garder ?

Les trois pièces ne disent pas la même chose, et c’est leur combinaison qui protège.

PièceQui l’établitCe qu’elle établitCe qu’elle laisse ouvert
Facture acquittéeLe vendeurQue le vendeur reconnaît avoir été payé, avec le détail de la venteQue les fonds ont réellement été reçus, si le moyen de paiement n’est pas précisé
Relevé de compte ou ticket de carteLa banque ou le terminal de paiementQu’une somme précise a quitté le compte à une date donnéeÀ quelle vente ou à quelle facture elle correspond
Reçu ou quittance signéLe vendeurQu’une somme a été reçue à une date donnée, y compris en espècesLe détail de la prestation

Comme le paiement se prouve par tout moyen, rien n’interdit de produire les trois. La facture donne le détail de la vente, le relevé montre le mouvement d’argent, et le rapprochement des deux (même montant, même date, même nom) forme un dossier difficile à contester. Pour un paiement en espèces, qui ne laisse aucune trace bancaire, la facture portant la mention « acquittée » ou le reçu signé du vendeur est la seule pièce disponible : il vaut mieux l’exiger au moment du paiement que le réclamer des mois plus tard.

Quand la mention « acquittée » ne protège-t-elle pas ?

Elle protège mal quand elle est apposée avant que l’argent soit réellement disponible. L’article L. 441-9 du code de commerce, qui encadre la facturation des achats pour une activité professionnelle, prévoit que le règlement est réputé réalisé à la date à laquelle les fonds sont mis, par le client, à la disposition du bénéficiaire ou de son subrogé. Un chèque remis le 3 du mois, facture marquée « acquittée » le même jour, mais rejeté le 8 pour provision insuffisante, n’a pas libéré le client : au regard de ce texte, les fonds n’ont jamais été mis à la disposition du vendeur.

Le raisonnement est le même pour un virement programmé mais non exécuté, ou pour un paiement par carte annulé ensuite. La mention « acquittée » prouve que le vendeur a déclaré avoir été payé à un moment donné ; elle ne le prive pas de la possibilité d’établir que le paiement n’a pas abouti. À l’inverse, l’absence de la mention ne prouve pas que la facture est impayée : elle n’est pas obligatoire, et le paiement peut s’établir par d’autres pièces.

Le paiement par chèque appelle donc un réflexe simple : attendre que le chèque soit débité avant de considérer la facture comme réglée, et conserver le relevé qui le montre. La même prudence s’applique aux ventes en ligne entre particuliers, où le virement annoncé n’est pas toujours le virement reçu.

Comment obtenir la mention « acquittée » et que faire de la facture ?

La demande se fait au vendeur, une fois le paiement effectué, en précisant la date et le moyen de règlement pour qu’ils figurent sur le document. Pour être utile, la mention s’accompagne de la date du règlement, du moyen de paiement utilisé et de la signature ou du cachet du vendeur. Ces éléments ne sont pas imposés par un texte ; ils rendent le document plus facile à rapprocher d’un relevé bancaire.

Le vendeur et l’acheteur conservent chacun un exemplaire de toute facture émise, dans la limite de durée prévue par le Code général des impôts, selon l’article L. 441-9 du code de commerce. Cette règle vise les achats pour une activité professionnelle ; un particulier n’est pas tenu de la même obligation, mais il a intérêt à garder ses factures acquittées aussi longtemps qu’un litige reste possible : garantie, assurance, remboursement par un tiers.

Côté vendeur, l’enjeu est inverse : un manquement aux règles de facturation entre professionnels est passible d’une amende administrative d’au plus 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, portée à 150 000 € et 750 000 € en cas de réitération dans un délai de deux ans.

Questions fréquentes

Une facture sans mention « acquittée » est-elle une facture impayée ?

Non. La mention n’est pas obligatoire et n’apparaît pas dans la liste officielle des mentions d’une facture. Une facture sans cette mention peut très bien avoir été réglée, et le paiement peut être établi par un relevé de compte, un reçu ou tout autre moyen.

Comment prouver un paiement en espèces ?

Par tout moyen, selon l’article 1342-8 du Code civil. Le reçu signé par le vendeur ou la facture portant la mention « acquittée », datée et signée, sont les pièces les plus directes, car le paiement en espèces ne laisse aucune trace sur un compte bancaire.

Qui doit prouver qu’une facture a été payée ?

Celui qui se prétend libéré : l’article 1353 du Code civil lui demande de justifier le paiement. Le vendeur, de son côté, doit prouver l’existence de sa créance s’il en réclame le paiement.

Un particulier reçoit-il les mêmes mentions qu’une entreprise sur sa facture ?

Pour l’essentiel oui, avec des mentions propres : le nom complet et l’adresse du client, sauf opposition, et pour certaines catégories de biens l’existence de la garantie légale de conformité, d’au moins 2 ans. Le numéro de TVA du vendeur n’est pas exigé en dessous de 150 € hors taxe.

Quelles mentions la facturation électronique ajoute-t-elle ?

Le SIREN du client s’il s’agit d’une entreprise, l’adresse de livraison si elle diffère de celle du client, la nature des opérations (livraisons de biens, prestations de services, ou les deux) et, le cas échéant, l’option pour la taxe d’après les débits. Elles s’appliquent à partir du 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, et du 1er septembre 2027 pour les PME et les micro-entreprises.

Quelle amende encourt un vendeur dont la facture ne respecte pas les règles ?

Jusqu’à 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, en vertu de l’article L. 441-9 du code de commerce. Le plafond est doublé en cas de réitération dans un délai de deux ans.

Sources

  1. Service-Public Entreprendre, « Mentions obligatoires sur une facture », vérifiée le 11 août 2026, https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F31808, consultée le 16 octobre 2026.
  2. Code civil, articles 1342-8 et 1353, version en vigueur au 29 juillet 2026, https://codes.droit.org/PDF/Code%20civil.pdf, consulté le 16 octobre 2026.
  3. Code de commerce, article L. 441-9, https://codes.droit.org/PDF/Code%20de%20commerce.pdf, consulté le 16 octobre 2026.

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