Intérêts sur compte de particulier ADEL : à quoi correspond ce prélèvement sur votre relevé ?
Par Pierre · · 8 min de lecture

Les intérêts sur compte de particulier (ADEL) ressemblent à un gain, et pourtant la somme est sortie de votre compte. Le sigle ne renvoie à aucun organisme connu, et le montant dépasse parfois ce que le découvert semblait coûter, alors que le solde paraissait positif. Entre agios proportionnels et minimum forfaitaire, l’écart peut être considérable pour quelques euros de découvert. Les documents de la banque permettent de distinguer un prélèvement normal d’une somme à contester.
En bref.
- Les intérêts sur un compte de particulier libellés ADEL, lorsqu’ils sont prélevés en débit sur un compte courant, correspondent le plus souvent à des intérêts débiteurs, c’est-à-dire des agios : une somme due à la banque parce que le solde a été négatif un ou plusieurs jours.
- Les agios se calculent sur les dates de valeur, au jour le jour : montant du découvert × taux × nombre de jours ÷ 36 500, pour un taux exprimé en pourcentage annuel.
- Pour les petits découverts, la banque peut appliquer un minimum forfaitaire d’intérêts débiteurs à la place du calcul proportionnel : en octobre 2023, l’UFC-Que Choisir relevait 7 € pour 1 € de découvert pendant une journée à la Société Générale.
- Une contestation est possible dans les 2 ans suivant le prélèvement, d’abord auprès du conseiller, puis du service réclamation, puis du médiateur bancaire.
Que signifie la ligne « intérêts sur compte de particulier (ADEL) » sur un relevé ?
Les intérêts sur compte de particulier (ADEL) désignent, dans la plupart des cas, des intérêts débiteurs que la banque prélève sur votre compte courant. Le sigle ADEL est un code propre à la banque, et non un organisme extérieur : la convention de compte ou le conseiller sont les seuls à pouvoir confirmer ce qu’il recouvre sur un relevé donné. Lorsque ce libellé figure en débit, il s’agit d’une charge, pas d’un gain.
Les Clés de la banque, le site pédagogique des banques françaises, définissent les agios, ou intérêts débiteurs, comme la somme due à la banque lorsqu’un compte présente un solde négatif pendant un ou plusieurs jours, calculée sur la base des dates de valeur. Cette précision explique un cas fréquent : un compte qui paraît positif sur l’application a pu être négatif quelques jours plus tôt, parce qu’un prélèvement a été imputé avant un virement dont la date de valeur était postérieure.
À l’inverse, sur un livret ou un compte rémunéré, des intérêts « sur compte » sont des intérêts créditeurs, versés au titulaire. Le sens de la ligne se lit donc à sa colonne : au débit d’un compte de dépôt, ce sont des agios.
Comment sont calculés les agios, et que coûte un petit découvert ?
Les agios proportionnels se calculent ainsi : le montant du découvert, multiplié par le taux annuel et par le nombre de jours, divisé par 36 500. Les Clés de la banque donnent un exemple chiffré : pour un découvert autorisé de 100 € utilisé 15 jours à un taux de 8 %, les agios sont de (100 × 15 × 8) ÷ 36 500, soit 0,33 €.
Le même exemple montre le coût d’un dépassement : 50 € au-delà de l’autorisation pendant 15 jours à 12 % ajoutent (50 × 15 × 12) ÷ 36 500, soit 0,25 €, pour un total de 0,58 €. À titre d’illustration, avec un taux de 8 %, un découvert de 300 € pendant 3 jours coûte (300 × 3 × 8) ÷ 36 500, soit environ 0,20 €.
Les montants proportionnels restent donc faibles pour un découvert court. Ce n’est pas le cas du minimum forfaitaire, détaillé plus bas, qui peut expliquer des prélèvements étonnants. Les Clés de la banque précisent que les agios sont calculés quotidiennement et prélevés en fin de mois ; la périodicité exacte de la ligne dépend toutefois de la convention de chaque banque, que le relevé et la plaquette tarifaire indiquent.
Pourquoi la banque prélève-t-elle parfois plus que le calcul proportionnel ?
Parce que, pour les découverts inférieurs à 400 €, les banques peuvent remplacer le calcul classique par un minimum forfaitaire d’intérêts débiteurs. L’UFC-Que Choisir l’expliquait en octobre 2023 : au-dessus de 400 €, seuls des agios proportionnels sont appliqués, avec un taux plafonné par le taux d’usure, alors que les minima forfaitaires des petits découverts ne sont pas encadrés.
| Situation de découvert | Montant facturé | Source et date |
|---|---|---|
| 400 € pendant une semaine, calcul proportionnel | 1,30 € au maximum | UFC-Que Choisir, 13 octobre 2023 |
| 1 € pendant une journée, avec minimum forfaitaire, à la Société Générale | 7 € | UFC-Que Choisir, 13 octobre 2023 |
| 1 € pendant une journée, avec minimum forfaitaire, à la Banque populaire Occitane | jusqu’à 16 € | UFC-Que Choisir, 13 octobre 2023 |
L’association ajoute que, dans la moitié des établissements enquêtés, ces forfaits sont facturés sur une base trimestrielle et peuvent donc l’être quatre fois par an. Ces montants datent de 2023 : le barème en vigueur figure dans la plaquette tarifaire de votre banque, à la ligne consacrée aux intérêts débiteurs ou au minimum forfaitaire, et il peut être modifié chaque année.
Quels autres frais accompagnent un compte à découvert ?
Les agios ne sont pas les seuls frais d’un compte débiteur. Les commissions d’intervention, prélevées lorsqu’une opération provoque une irrégularité (provision insuffisante, par exemple), sont plafonnées à 8 € par opération et 80 € par mois, soit 4 € et 20 € pour les clients en situation de fragilité financière, d’après les Clés de la banque. Les frais de rejet de prélèvement ne peuvent dépasser 20 €, et ceux d’un chèque rejeté 30 € pour un chèque de 50 € ou moins, 50 € au-delà.
La banque doit vous prévenir au moins 14 jours avant de prélever les frais d’incident, par le relevé ou tout autre moyen : ce délai permet d’approvisionner le compte ou de contester. Cette information ne concerne que les frais d’irrégularité et d’incident, non le calcul des agios lui-même.
Un découvert qui dure a aussi des conséquences juridiques. Au-delà de 90 jours consécutifs, la banque doit proposer une offre de crédit à la consommation, la situation ne relevant plus d’un besoin ponctuel (voir notre page sur le prêt à la consommation). Un découvert non régularisé peut mener à une inscription au fichier FICP lorsque la somme impayée atteint au moins 500 € sans régularisation dans les 60 jours suivant la mise en demeure, après information préalable du client.
Comment vérifier le montant des intérêts sur un compte de particulier et le contester ?
Pour vérifier une ligne d’agios, rapprochez trois documents : le relevé, qui indique le montant et la période ; la convention de compte, qui fixe le taux et l’éventuelle autorisation de découvert ; et la plaquette tarifaire, qui mentionne le minimum forfaitaire. Si la somme dépasse ce que ces documents prévoient, ou si aucun solde négatif ne figure sur la période, la contestation se justifie. Le récapitulatif annuel de frais envoyé en janvier donne le total des agios payés l’année précédente.
La procédure suit quatre étapes, d’après les Clés de la banque :
- contacter le conseiller, de préférence par un message écrit détaillant la demande de remboursement ;
- envoyer une réclamation par courrier recommandé au directeur d’agence, puis saisir le service réclamation de la banque ;
- saisir le médiateur bancaire si le litige persiste après 2 mois (15 jours pour les litiges liés aux paiements), gratuitement, avec un avis rendu sous 90 jours ;
- en dernier recours, saisir le tribunal judiciaire.
Le médiateur ne juge pas le niveau des tarifs, mais leur bonne ou mauvaise application. Le délai pour contester est de 2 ans à compter du prélèvement, porté à 5 ans en cas de faute manifeste de la banque ou de défaut d’information.
Comment éviter que la ligne revienne chaque trimestre ?
Le levier le plus direct est d’éviter les jours débiteurs, même brefs, puisqu’un minimum forfaitaire peut s’appliquer dès le premier euro de découvert. Il suffit de contrôler la date de valeur des prélèvements fixes et d’alimenter le compte avant leur passage. Si les fins de mois sont régulièrement tendues, une autorisation de découvert négociée avec le conseiller vaut mieux qu’un dépassement toléré, car la partie qui dépasse l’autorisation supporte un taux majoré, comme le rappellent les Clés de la banque.
Il reste utile de comparer les tarifs de découvert entre établissements : le site tarifs-bancaires.gouv.fr, comparateur public cité par les Clés de la banque, recense environ 150 établissements, soit plus de 98 % du marché français. Changer de banque est possible sans perdre ses prélèvements grâce à la mobilité bancaire, détaillée dans notre article sur le transfert de compte bancaire.
Questions fréquentes
ADEL est-il un organisme de l’État ou une banque en ligne ?
Non. Sur un relevé, ce sigle est un code propre à la banque qui édite le relevé. Il ne désigne ni une administration ni un établissement distinct. Pour connaître la prestation exacte qu’il recouvre, demandez le détail du calcul à votre conseiller, par écrit.
Peut-on avoir des agios alors que le compte est positif sur mon application ?
Oui. Les agios se calculent sur les dates de valeur, et non sur le solde affiché à l’instant T. Un prélèvement imputé avant un virement dont la date de valeur est plus tardive crée un solde négatif de quelques jours, qui suffit à déclencher la ligne d’intérêts.
Un minimum forfaitaire est-il légal ?
Oui, pour les découverts inférieurs à 400 €, selon l’UFC-Que Choisir, qui demandait en octobre 2023 son interdiction au ministre de l’Économie. À cette date, les montants de ces minima n’étaient pas encadrés, et leur niveau figure dans la plaquette tarifaire de chaque banque.
Les intérêts débiteurs sont-ils plafonnés ?
Le taux d’intérêt d’un découvert ne peut dépasser le taux d’usure : l’UFC-Que Choisir citait 17,52 % en octobre 2023. Ce taux est révisé régulièrement, aussi le plafond applicable à la date de votre découvert doit être vérifié auprès de la Banque de France.
La banque doit-elle me prévenir avant de prélever ces intérêts ?
L’information préalable de 14 jours concerne les frais d’irrégularité et d’incident de paiement, d’après les Clés de la banque. Les agios sont prélevés selon les modalités prévues par la convention de compte, d’où l’intérêt de la relire, comme du récapitulatif annuel de janvier.
Combien de temps ai-je pour réclamer le remboursement ?
Vous disposez de 2 ans à compter du prélèvement pour contester des frais bancaires. Au-delà, la banque peut refuser, sauf faute manifeste de sa part ou défaut d’information, auquel cas le délai peut atteindre 5 ans.
Sources
- Les clés de la banque (FBF), « Frais bancaires et tarifs : comment les suivre, comprendre et comparer », https://www.lesclesdelabanque.com/particulier/frais-bancaires-tarifs/, consultée le 16 octobre 2026.
- Les clés de la banque (FBF), « De combien peut-on dépasser son découvert autorisé ? », https://www.lesclesdelabanque.com/particulier/le-depassement-dun-decouvert-autorise/, consultée le 16 octobre 2026.
- Les clés de la banque (FBF), « Comment contester des frais bancaires abusifs ? », https://www.lesclesdelabanque.com/particulier/contester-frais-bancaires/, consultée le 16 octobre 2026.
- Les clés de la banque (FBF), « Lexique : agios ou intérêts débiteurs », https://www.lesclesdelabanque.com/particulier/lexique/, consultée le 16 octobre 2026.
- UFC-Que Choisir, « Frais de découverts bancaires : l’UFC-Que Choisir appelle à mettre fin au scandale des minima forfaitaires », 13 octobre 2023, https://www.quechoisir.org/billet-du-president-frais-de-decouverts-bancaires-l-ufc-que-choisir-appelle-a-mettre-fin-au-scandale-des-minima-forfaitaires-n112362/, consultée le 16 octobre 2026.


