Carte bancaire munie d’un petit écran affichant un code à trois chiffres au verso

Que faire quand le cryptogramme dynamique ne fonctionne plus ?

Une pile au lithium ultrafine alimente l’écran pendant 3 ans, scellée entre les couches de plastique de la carte. Elle n’est ni remplaçable, ni rechargeable, ni accessible. Quand l’écran se fige, s’éteint ou devient illisible, il n’y a donc aucune manipulation à tenter : la carte n’est pas réparable par construction.

Cela ne veut pas dire qu’elle est devenue inutile. Une partie de ses usages continue de fonctionner normalement, et c’est le point que ne traitent ni les pages de dépannage ni les réponses des forums. Voici ce qui tombe exactement, ce qui continue, ce que la banque doit faire, et un test de terrain qui contredit la promesse commerciale du dispositif.

Ce qu’il faut retenir

  • Le dispositif est la technologie Motion Code, conçue par Oberthur Technologies, devenue Idemia. Le cryptogramme change environ toutes les heures.
  • L’écran est alimenté par une pile au lithium ultrafine intégrée. Rien n’est remplaçable.
  • Un écran mort n’empêche ni le paiement en magasin, ni le retrait, ni les prélèvements déjà enregistrés chez un marchand.
  • Ce qui tombe, c’est l’achat en ligne où le cryptogramme doit être saisi à la main.
  • Le remplacement est la seule issue, et une banque au moins écrit qu’il est gratuit.
  • La carte ne se jette pas : elle contient une pile et doit être renvoyée pour recyclage.

Ce qui continue de fonctionner

Le cryptogramme à 3 chiffres n’intervient que dans un cas : la saisie manuelle des coordonnées de la carte sur une page de paiement. Il n’est demandé ni par le terminal d’un commerçant, ni par un distributeur automatique, ni par un paiement sans contact, ni par un règlement via un portefeuille mobile, qui utilise un numéro de substitution.

Un porteur dont l’écran est éteint conserve donc l’usage principal de sa carte. Le témoignage relevé sur un forum spécialisé ajoute une précision utile : les paiements récurrents mis en place après enregistrement de la carte chez un marchand continuent d’être honorés, puisque le cryptogramme n’est plus redemandé à chaque échéance.

Cette distinction change la conduite à tenir. Il n’y a pas urgence à faire opposition, il y a une carte à remplacer.

Le test qui nuance la promesse du dispositif

L’argument de vente du cryptogramme dynamique se résume ainsi : un numéro volé devient inutilisable puisque le code change. Un porteur a vérifié ce point, et le résultat est plus nuancé.

Après avoir noté plusieurs cryptogrammes successifs affichés par sa carte, il a tenté des paiements avec des codes déjà remplacés à l’écran. Un rechargement a été accepté avec un cryptogramme affiché plus de 3 heures auparavant. Sur d’autres sites, un code vieux de plus de 2 heures passait parfois, parfois non.

Il en ressort deux enseignements. Le premier : la fenêtre d’acceptation est plus large que l’affichage, l’émetteur tolérant plusieurs codes valides à la fois pour absorber les décalages de traitement. Le second : la protection reste réelle sur la durée, mais elle n’est pas instantanée, ce qui explique aussi qu’un écran figé ne produise pas toujours un refus immédiat.

Décoder ce que montre l’écran

L’écran est vide ou éteint

La pile est arrivée en fin de vie ou l’écran est endommagé. Rien ne le relance, et l’usage en ligne avec saisie manuelle devient impossible.

Le cryptogramme ne change plus

L’écran affiche toujours les mêmes chiffres. C’est la panne la plus trompeuse, parce que des paiements peuvent encore passer pendant un temps, avant de tomber sans prévenir.

L’affichage est pâle ou incomplet

Les segments s’effacent, un chiffre devient ambigu. La banque le traite comme une panne : la Société Générale indique qu’un cryptogramme visuel qui se fige ou devient moins lisible doit conduire à contacter son conseiller ou le 3933.

Un code d’erreur s’affiche

Certaines cartes affichent une mention courte à la place des 3 chiffres. Elle signale un défaut du module, pas une action possible côté client, et conduit au même remplacement.

Ce que fait la banque

SituationCe qui reste possibleCe qu’il faut faire
Écran éteint ou figéMagasin, retrait, sans contact, prélèvements enregistrésDemander le remplacement de la carte
Achat en ligne à saisir à la mainRienUtiliser un autre moyen de paiement en attendant
Carte perdue ou voléeRienOpposition immédiate, la panne n’a rien à voir
Ancienne carte remplacéeSans objetNe pas la jeter, la renvoyer pour recyclage

BNP Paribas écrit qu’en cas de difficulté liée au cryptogramme dynamique, il convient de contacter un conseiller et qu’une nouvelle carte est mise à disposition gratuitement. La même banque précise un point rarement mentionné : l’ajout de l’option ne change pas le code confidentiel de la carte, qui reste celui que le porteur connaît déjà.

Une carte qui embarque une pile

Pourquoi elle ne se jette pas

C’est l’information la plus systématiquement absente des pages qui traitent le sujet. L’écran étant alimenté par une pile au lithium intégrée, la carte ne doit être ni jetée ni détruite. Elle doit être dépolluée et recyclée.

Les deux banques qui documentent le point donnent le même circuit : renvoyer la carte dans l’enveloppe pré-timbrée jointe à l’avis de mise à disposition ou à l’avis de renouvellement, ou dans une enveloppe non affranchie, ou la remettre à un conseiller en agence. L’envoi est gratuit.

La conformité du produit est d’ailleurs déclarée sur ce terrain : le fabricant déclare le Motion Code conforme aux exigences essentielles des directives 2011/65/UE du 8 juin 2011, qui limite l’usage de substances dangereuses dans les équipements électroniques, et 2004/108/CE du 15 décembre 2004 sur la compatibilité électromagnétique. Une carte à cryptogramme dynamique relève donc du régime des équipements électroniques, pas de celui d’une carte ordinaire.

Combien de codes cette pile doit produire

Le calcul se fait à partir d’une seule donnée, la fréquence de changement. À raison d’un nouveau cryptogramme par heure, l’écran en produit 24 par jour, soit 8 760 par an. Sur une carte de 3 ans de validité, durée courante en France, cela représente environ 26 000 affichages à alimenter sans jamais recharger quoi que ce soit.

Ce chiffre explique la nature de la panne mieux que n’importe quelle liste de causes. Il ne s’agit pas d’un bug logiciel mais d’une contrainte d’énergie, dimensionnée au plus juste pour la durée de vie de la carte. Une carte gardée au chaud dans une poche arrière, pliée ou exposée à des chocs répétés, épuise ou casse ce module avant l’échéance, et il n’existe aucun moyen de le savoir avant que l’écran ne lâche.

Ce que la loi couvre, et ce que le dispositif ne remplace pas

Le cryptogramme dynamique est une mesure de prévention, pas une source de droits. Un débit contesté à temps donne droit à une restitution immédiate par la banque, au titre de l’article L. 133-18 du code monétaire et financier, que la carte porte un écran ou non.

L’authentification forte, elle, est portée par l’article L. 133-44 du même code et s’applique depuis 2018. Elle s’applique indépendamment du cryptogramme : une carte dont l’écran est mort reste soumise à la validation par l’application ou par un code reçu, et une carte dont l’écran fonctionne n’en est pas dispensée. Les deux dispositifs se superposent, ils ne se remplacent pas.

Aucune banque ne publie la table des mentions affichées en cas de défaut, ni la durée exacte de tolérance appliquée à un cryptogramme périmé. Le test cité plus haut donne un ordre de grandeur, pas une règle, et il n’engage que la carte et les marchands concernés.

La gratuité du remplacement n’est pas non plus universelle. Elle est écrite chez BNP Paribas, elle relève ailleurs des conditions tarifaires de l’établissement, et une carte remplacée avant son échéance peut être facturée selon le motif retenu.

Questions fréquentes

Peut-on encore payer en magasin ?
Oui. Le cryptogramme ne sert qu’aux paiements à distance où il est saisi à la main. Le paiement en magasin, le sans contact et le retrait ne le demandent pas.

Faut-il faire opposition ?
Non, sauf perte ou vol. Une panne d’écran n’est pas une compromission de la carte, et l’opposition bloquerait aussi les usages qui fonctionnent encore.

Mes abonnements vont-ils s’arrêter ?
Pas immédiatement. Les prélèvements passant par une carte déjà enregistrée chez le marchand ne redemandent pas le cryptogramme à chaque échéance.

Le remplacement est-il payant ?
BNP Paribas annonce une nouvelle carte mise à disposition gratuitement. Ailleurs, la réponse dépend des conditions tarifaires de la banque.

Peut-on garder son ancien code confidentiel ?
Oui pour l’ajout de l’option, la banque le précise. Sur une carte de remplacement, le code se consulte dans l’application, un point que nous avons éclairci en démêlant les codes de LCL.

Une carte virtuelle est-elle une solution de repli ?
Oui pour les achats en ligne, puisqu’elle génère son propre cryptogramme sans écran physique. Le fonctionnement est décrit dans notre article sur le service de cartes virtuelles de la Caisse d’Épargne.

Sources

BNP Paribas, page du cryptogramme dynamique, pile au lithium, recyclage, remplacement gratuit et code confidentiel inchangé : mabanque.bnpparibas/fr/gerer/cartes-moyens-paiement/options-services-bancaires/cryptogramme-dynamique
Hello bank!, foire aux questions, impact du cryptogramme dynamique sur la vie de la carte et déclaration de conformité du Motion Code : hellobank.fr/faq
Société Générale, foire aux questions, dysfonctionnement du cryptogramme visuel dynamique : particuliers.sg.fr/icd/pch/faq/moyens-de-paiement/cartes

Retour en haut